« Si Michael jouait attaquant, il aurait déjà eu le Ballon d’Or plusieurs fois. » Voilà qui plante le décor.
Encore plus lorsque l’on sait que cette phrase n’a pas été glanée à un comptoir de bar ghanéen mais à Cobham, le centre d’entraînement de Chelsea, et que bon nombre des coéquipiers de l’intéressé rejoignent son auteur, Franck Lampard.
Cela dit, attaquant ou milieu, pas de Coupe du Monde cette année pour Essien donc pas de Ballon d’Or non plus. Pourtant, si le leader des Black Stars a vu ses coéquipiers briller sans lui en juin, il a été le patron des Blues de Chelsea. Pion essentiel du milieu de terrain, primordial en attaque comme en défense de par son abattage industriel, le bison africain est indispensable aux Londoniens.
En témoigne la récente défaite à domicile 3 à 0 face au Sunderland de Gyan (titulaire et buteur) à laquelle Essien n’a pas participé, suspendu après son carton reçu mercredi face à Fulham, rencontre où il fut l’unique buteur.
Etrange revirement de situation : l’absence de Michael qui avait libéré le Ghana en juin plombe aujourd’hui Chelsea. En Basket, on appelle ça la théorie Ewing, qui renvoie aux Knicks de New York de la fin des années 90.
Pour de nombreux observateurs, l’équipe joue mieux quand sa star, Patrick Ewing donc, est absente. L’explication : moins de pression médiatique (équipe condamnée à l’échec au lieu de l’attente de victoire légitime du fait de la présence de la superstar), et donc de meilleurs résultats.
Peut-on alors parler de théorie Essien ? Possible. Centre médiatique de la sélection, le Ghanéen n’est pas l’attraction principale de son club, la vedette revenant aux stars offensives comme Drogba, qui dépend pourtant énormément de l’activité stakhanoviste de son milieu.
A l’abri des flashs, c’est là que Michael peut donner sa pleine mesure. Pendant que ses collègues de l’attaque récoltent les unes des journaux, il poursuit son boulot acharné dans la récupération et la relance, mieux que n’importe qui au monde.
Souvent seul milieu défensif, aligné en sentinelle qui couvre toute la largeur du terrain devant son back 4, il est la raison pour laquelle son club est celui qui a pris le moins de but en Angleterre depuis le début de la saison.
Non content de récupérer plus de ballons par match qu’Ibrahimovic ne reçoit de lettres d’insultes par an, l’inépuisable Essien se transforme en rampe de lancement géante une fois la balle dans les pieds, gavant ses milieux et attaquants de ballons de contre.
Partout, tout le temps. Voilà comment joue Michael Essien sur un terrain. Voilà comment il ne sera jamais dans les médias. Car le Ghanéen est bien comme il est, tranquille. Il sait que son travail sera reconnu par ses coéquipiers et ses fans, à Londres comme à Accra. Pas de gros titres dans les tabloïds, pas de Ballon d’Or. Il les laisse aux buteurs, lui n’en a pas besoin.
Photo : muse1nspired/Flickr


